Connect with us

Contribution

Isoler un président de la République – Qui, comment, pourquoi? Par Souleymane Ly

Publié il y'a

Date :

Je me rappelle avec aisance de la lumière dans les yeux de mon grand-père maternel quand il lisait les réponses à ses lettres adressées au Président Abdou Diouf. J’étais tout petit mais je sentais toute la fierté qu’il avait de recevoir réponse à ses lettres.

Il les écrivait en tant que citoyen pour donner son avis sur des questions qui interpellaient sa plume et qui l’intéressaient au plus haut point en tant qu’opérateur économique.

Je raconte cette histoire pour dire tout le bonheur que peut avoir un citoyen à lire son Président. Ils sont nombreux ceux qui écrivent ou qui ont une fois écrit à un Président de la République de leur pays. Combien sont ils à avoir reçu des réponses ? Sûr qu’ils ne sont pas nombreux. Rassurez-vous chers compatriotes ! Le Président ne reçoit pas tout le temps vos courriers. Ils n’arrivent pas tous sur sa table. Qui les ouvre, les lit et les range ? Qui ?

On aimerait tous bien le savoir. Soyez certains que de Senghor à Macky en passant par Diouf et Wade cette pratique a toujours existé. Sinon, comment comprendre que Diouf en 2000 avant sa chute nous avoue qu’il n’était même pas au courant que le café et le lait étaient vendus en sachet. Il avait fini d’être isolé et ce qui est sûr, c’est que dans une des lettres enlevées du circuit par cette main invisible, il y’a bien eu celle d’un citoyen qui a bien voulu lui exposer la situation économique dans le pays. Imaginez bien s’il avait reçu cette lettre.

Autour d’un Président se forme toujours un groupe rompu à la tâche et qui est composés de gens forts dans le jeu du « hala ma ndiir badio …hana hana dofi diaar ». Ils finissent par former un écran de fumée entre le Président et la réalité du terrain, surtout celle politique. Chaque grand responsable a autour du chef son pion qui l’informe et qui bloque toute information allant à son encontre.

Quand le Président reçoit une personne qui pourrait faire ombrage à ce responsable une fois qu’il entre dans les bonnes grâces du patron, l’informateur lui envoie un texto vite fait pour le mettre au courant. Il reçoit un message du genre « Grand, defal ndank deh, le Président a reçu tel responsable de ta localité ».

Les courriers écrits par les frustrés du parti du Président n’arrivent jamais sous ses yeux. Ils ont finis par être déchirés par cette main invisible à l’origine de toutes les frustrations. Des fois, beaucoup de gens se trompent pensant qu’un Chef d’État est au courant de toutes leurs frustrations alors que nenni, il a fini d’être isolé.

Combien de sénégalais ont quitté leur parti après avoir cherché en vain à voir leur Secrétaire Général National ? Ils font légion allant même jusqu’à croire que leur frère de parti est en train de les snober. Pour leur information, qu’ils sachent que ce dernier n’a jamais reçu le message qu’ils ont à maintes reprises essayé de faire passer par d’autres responsables qu’ils croient proches de lui alors qu’en réalité il n’en est rien.

Ces responsables peuvent vous jurer  voir le Président tout le temps ou même prendre le thé avec lui alors qu’en réalité cela fait plusieurs années qu’ils ne l’ont même pas rencontré. « Dagnouy mbiip rek ! » S’ils arrivent à l’apercevoir c’est dans des manifestations publiques. Ces gens sont tellement dangereux que beaucoup de filles tombent dans leur panneau juste parce qu’elles veulent rencontrer le Chef de l’Etat. On leur ment jusqu’à les mettre dans le lit avant de mettre leur numéro dans la liste noire. C’est pathétique !

C’est ce qui pousse beaucoup de militants à s’organiser et à exiger comme seul interlocuteur le Président de la République. Ils ont fini de comprendre que leurs nombreux messages à ce dernier ne sont jamais arrivés à lui. A la question du Président sur la situation politique de leur localité, certains grands responsables répondent tout le temps « ça va, tout se passe bien Président. Je gère ». Et c’est là, qu’ils ont fini de lui cacher que dans leur propre fief ils sont contestés et que le mécontentement est tellement grand que beaucoup de militants sont partis voir ailleurs. Ils ne lui diront pas la réalité sur le terrain pour participer à l’isoler.

Au demeurant, un ami marocain m’a une fois dit je le cite  » En Afrique, nos Présidents devraient avoir tous l’habitude de faire des visites inopinées dans les structures étatiques pour constater le niveau de frustration et d’injustice dans lequel beaucoup de gens travaillent. »

Ceci pour dire qu’à tous les niveaux, on cherchera à isoler un Président de la République tant que les résultats ne sont pas au rendez-vous et qu’ils ne peuvent pas les maquiller. Que dire maintenant de ces nombreuses lettres remises en main propre à un Chef de l’État en déplacement et qu’on ne lui retourne plus une fois rentré. Ne pas isoler un Président c’est le maintenir en contact avec la réalité pour laquelle il est élu. C’est lui rendre un grand service que de laisser arriver à lui les nombreuses lettres que lui adressent ses concitoyens. Peut-être qu’il ne pourra pas toutes les lire ou y répondre mais quelqu’un pourrait bien s’en charger avec la plus grande rigueur.

Je sais qu’à partir de 2009 déjà, ils ont été nombreux ces sénégalaises et sénégalais à attirer l’attention de Wade sur la situation du pays, sur celle de la Jeunesse et sur le vent de révolte qui avait déjà commencé à souffler. Malheureusement, il n’a jamais reçu ces courriers. Il avait fini d’être isolé et c’est pourquoi il a été presque le seul à être surpris par les évènements du 23 Juin 2011. Et pourtant bon nombre de gens savaient et lui ont écrit. Ne pas accepter d’être isolé doit être le premier combat d’un Chef d’Etat, responsable de parti politique.

Toutes celles et ceux qui concourent à le couper de l’information juste ne le font que pour leur propre intérêt, pas pour le sien propre. Alors là pas du tout !

Souleymane Ly

Spécialiste en communication

Cliquez ici pour commenter

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

Actualités

Retour en zone, après 5 années + 2! (Par Djibril SARR).

Publié il y'a

Date :

Par

Au basket c’est une faute. Lorsqu’on revient dans sa zone, quelle que puisse être la durée. 

S’il y’a ce rappel dans un contexte plutôt CAN et non d’Afrobasket, c’est parce que nous en arrivons au terme d’une longue quinzaine de réconciliation entre la plupart des élus et leurs collectivités respectives. Quinze jours pendant lesquels vous avez quotidiennement vu vos élus. 

Pourtant, il y’a plus de cinq années passées plus deux bonus, la plupart s’était battu pour le fauteuil de maire ou de président de conseil départemental, avant de déserter ces localités lointaines, au profit d’un cumul exagéré et illogique d’emplois inaccessibles à une bonne partie d’une jeunesse en quête d’occupation.

Il y’a deux semaines déjà que sonnait l’heure de retour en zone. Une occasion pour ces collectivités orphelines de retrouver au quotidien pendant 2 semaines, les sourires charmeurs de leurs élus perdus de vue et qu’ils n’apercevaient par chance, que pendant leur passage le temps d’un week-end. 

Pour nous autres populations, la vigilance et l’éveil des consciences nous dictent un choix responsable où aussi bien les nouveaux candidats que les performants parmi les anciens ont leur chance à jouer. 

Donnons l’opportunité à ceux qui ont un programme clair, la capacité, la détermination, la maturité et le temps, de dérouler leur mission. Faisons attention aux marchands d’illusions mais également aux arrogants, aux irresponsables, aux belliqueux et aux incendiaires.

Nos choix doivent être éclairés, argumentés et raisonnables.

Dans certaines contrées desservies par les politiques publiques, n’attendons surtout pas que l’insécurité, l’obscurité, la faible scolarisation, la précarité sanitaire, les inondations, l’absence d’assainissement, les moustiques, entre autres,  viennent nous rappeler notre mauvais choix. 

Ne confondons ni religion, ni confrérie, ni coloration politique, ni lien familial avec le choix utile à la localité.

Cultivons le travail, la rigueur, la persévérance, l’endurance, la simplicité, la responsabilité, le sens de la mesure, l’humilité, l’acceptation, pour savoir compter sur nous-mêmes dans les conditions que nous réserve le destin, le hasard ou Dieu selon nos croyances.

Ne troquons pas notre devoir d’exiger des résultats à nos élus dans l’amélioration de notre qualité de vie à travers des équipements et des services collectifs contre un simple soutien financier aux cérémonies socio-culturelles, sportives et religieuses. 

Changeons de paradigmes en portant nos choix sur des compétences éclairées et engagées, sans les soumettre au prix de leur intimité, d’invectives et de violence familiales. 

Exigeons en revanche, des résultats qui ne sauraient provenir que d’une bonne planification, une réalisation correcte, un suivi régulier, un contrôle rigoureux et une amélioration continue, soutenus par une communication inclusive.

Que le vote de ce dimanche 23 janvier 2022 traduise nos choix libres des personnes en charge de la destinée de nos collectivités respectives.

Qu’il se déroule dans la paix et le fair-play, pour une reprise en main dès le lendemain, des dossiers en souffrance par le simple fait de cette période de retour en zone, de personnalités indivisibles à  responsabilités plurielles en quête de base solide capable de leur garantir une longévité improbable dans nos instances de gouvernance. Nos plans de développement doivent être traduits en plans d’actions qui survient aux hommes qui les portent.

Djibril SARR

CEO SECURIZONS

Continuez la lecture

Actualités

Plaidoyer pour les habitants de Keur Massar et des populations sous les eaux (par Alioune Badara Seck)

Publié il y'a

Date :

Par

La pandémie liée à la Covid 19 et les inondations dans la banlieue de Dakar en Septembre 2020, avaient fait vivre le martyre aux populations notamment celles de Keur Massar.

Suite à cette période vécue avec de grandes difficultés par les populations et les promesses fermes de l’État du Sénégal à travers ses représentants que le supplice jadis traversé par les habitants de la banlieue ne se réitérerait plus, l’espoir semblait être permis pour cet hivernage 2021.

Hélas, dès les premières gouttes de pluie, tous les espoirs s’évaporèrent et laissèrent place aux inondations habituelles et à leurs lots de souffrances.

Le spectacle désolant des femmes désemparées et des pères de famille réduits à l’impuissance devant la montée des eaux déferlantes est une atteinte à la dignité humaine.
Des autorités responsables auraient pris toutes les dispositions nécessaires afin que pareille calamité ne se répète plus.

Nul ne peut comprendre qu’un tel calvaire se soit produit l’année précédente après les pluies du 5 et 6 septembre 2020 et que onze mois plus tard, l’on se retrouve avec le même désolant spectacle de maisons et de routes envahies par les eaux, de familles déplacées, de milliers d’hommes et de femmes mis dans la précarité.

La responsabilité des autorités du Sénégal est engagée au premier chef et les habitants de Keur Massar et de la banlieue exigent des réponses.
Les populations exigent une réponse immédiate de l’Etat du Sénégal combinée à la mise en place d’une solution structurelle qui réglera définitivement le problème des inondations. La souffrance n’a que trop duré.

L’Etat doit en urgence :

1. doter tous les quartiers sous les eaux de pompes de grande capacité et en quantité suffisante pour rapidement évacuer les eaux de pluie. La saison des pluies n’a pas encore pris fin.

2. assister toutes les familles sous les eaux ainsi que les familles déplacées et qui font face à d’énormes difficultés matérielles et financières pour assurer leur survie quotidienne. Mettre un place un plan d’urgence d’assistance des familles.

3. finaliser le plus rapidement possible les interconnexions entre les bassins et fournir des délais précis de réalisation. Sans quoi des bassins construits isolément ne peuvent régler le problème d’évacuation des eaux.

4. associer les délégués et représentants des quartiers de Keur Massar au suivi et contrôle des travaux. Il n’est pas crédible de vouloir régler le problème de Keur Massar et de la banlieue en excluant du processus les populations et leurs représentants.

Avec tous les milliards dépensés dans le cadre du programme décennal de lutte contre les inondations, notamment dans sa composante PROGEP (Projet de Gestion des Eaux Pluviales), les habitants de la localité n’attendent pas moins de l’État du Sénégal.

Alioune Badara Seck

Syndicaliste

Leader de la coalition Taxawu Keur Massar Jotna

Continuez la lecture

Actualités

HISSEIN HABRÉ VA EN PAIX : UN NOM, UN HOMME ET UN DESTIN (Par Brahim OGUELEMI )

Publié il y'a

Date :

Par

C’est avec le cœur lourd et la gorge nouée que nous venons d’apprendre le décès ce matin de l’ancien Président du Tchad Hisseine Habré, décès survenu à la suite d’une contamination de Covid-19. En ces instants sombres et troubles, nous présentons nos condoléances les plus attristées et les plus émues à sa famille nucléaire, à ses proches, à ses connaissances, au peuple Tchadien et au peuple Africain tout entier !
Mais quel héritage l’homme aura-t-il légué à la postérité ? 
L’histoire retiendra à jamais que le Président Hissein Habré fut celui qui aura sauvé la bande d’aouzou contre l’occupation libyenne de Kadhafi. Par-là même, il aura ainsi sauvé tous les pays limitrophes du Tchad contre la folie démentielle de Kadhafi. Le Président Camerounais Paul Biya s’était même confessé auprès du Président Habré au lendemain de la libération du Tchad en lui ayant dit en substances que : «  Mon frère, tu nous a sauvés. Sans toi Kadhafi aurait annexé et marché sur tous les pays limitrophes du Tchad ».
Hissein Habré c’est aussi celui qui aura refusé de brader les ressources naturelles du Tchad au profit du consortium des firmes multinationales occidentales. Il aura tenu simultanément et parallèlement tête à l’invasion libyenne, à l’impérialisme, au néocolonialisme et à la finance internationale mondialisée ainsi qu’à leurs valets locaux. Son caractère était foncièrement forgé et tempéré dans le fer ardent de la lutte et de son corollaire la résistance.
Pour son patriotisme et pour son nationalisme, le Président Habré fut seul contre le reste du monde dans un monde où de plus en plus les dirigeants du Sud s’aplatissent si facilement face aux injonctions politiques et économiques injustes du Nord au grand dam des intérêts vitaux et stratégiques des populations du Sud.
C’était dans un contexte où l’Occident employant tous ses moyens stratégiques et ses armadas et en cela épaulé par la Libye, le Soudan et les négres de maison que le Président Hissein Habré était parti en ayant préféré laisser le Tchad dans une situation relativement stable. Aujourd’hui 31 ans plus tard, il est rappelé vers son Seigneur. Mais il est rappelé vers son Seigneur en ayant toujours gardé tenaces sa fierté, sa conscience patriotique et son amour-propre pour n’avoir point servi le Tchad sur un plateau d’argent à ses ennemis et notamment aux prédateurs financiers et économiques du pays.
Donc, au regard de toutes ces raisons susmentionnées, nous pouvons tirer les légitimes et objectives considérations suivantes sur l’homme : il fut intègre et incorruptible, digne et fier, patriote et nationaliste, courageux et téméraire, travailleur et exigeant, instruit et cultivé, héros et libérateur, résistant et vainqueur. L’homme n’aura pas, pour ainsi dire, vécu inutilement. Il y’a apporté, considérablement, sa part de lumière sur la grande phare qui éclaire la longue marche de ce monde.
L’homme est parti mais son combat, sa lutte et ses œuvres demeureront à jamais dans la postérité. La jeunesse Tchadienne en particulier et celle Africaine en général, auront tout à gagner à s’inscrivant dans la dynamique du noble sentier de la résistance et de pouvoir ainsi vaincre la couleuvre tentaculaire qu’est la Françafrique qui n’a semé et qui continue toujours de semer mort, désolation, tristesse, chaos, pillage, vol, humiliation et bradage sur le continent africain depuis le début des années 60.
LA LUTTE CONTINUE ! LE COMBAT CONTINU !LES PATRIOTES TCHADIENS VAINCRONT !LES PATRIOTES AFRICAINS VAINCRONT !
HISSEIN HABRÉ VA EN PAIX !QUE LE PARADIS SOIT VOTRE DEMEURE ÉTERNELLE !
Brahim Oguelemi, Dakar le 24 août 2021, depuis l’hôpital principal.

Continuez la lecture

Articles tendances