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LA CHRONIQUE DE BAROM / SAINT-LOUIS : LA PRÉCARITÉ AU CŒUR DE LA PÊCHE

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Entre la stagnation progressive des ressources halieutiques (nationales ou locales),l’obligation, pratiquement -faute d’autre choix – de pêcher en République islamique de Mauritanie (RIM) ou l’exploitation sans aucune protection réelle de leur force de travail dans ce pays , leur prise en otage par des intérêts privés ou étatiques mauritaniens, et même sénégalais, quelquefois, et leur utilisation, à leur corps défendant, le plus souvent, en fonction des circonstances économiques, politiques, voire électorales du moment; les tensions frontalières, souvent mortelles, avec la Mauritanie sont devenues récurrentes. A ce cocktail explosif s’ajoutent les menaces et conséquences directes et visibles d’une érosion côtière galopante de la Langue de Barbarie  et d’autres difficultés telles que la surpopulation, l’insalubrité, la dangerosité et le mal-vivre  du quartier de Guet-Ndar consécutifs à l’insuffisance et à l’inadaptation des infrastructures d’exploitation, de traitement et de commercialisation appropriées des produits de la pêche. Autres soucis pour les populations de ces quartiers de la Langue de Barbarie, traditionnellement les plus prospères de Saint-Louis, les inquiétudes réelles ou supposées relatives à l’exploitation prochaine du pétrole et du gaz au large de Saint-Louis et leur impact potentiel sur la pêche. Dés lors, on peut se demander quel avenir reste-t-il aux pêcheurs de Saint-Louis (et, conséquemment, aux  activités directes et connexes associées à la pêche) et qu’attendent-ils des Pouvoirs publics ? Assurément, la pêche saint-louisienne est devenue un brûlot et, pourtant, des solutions à notre portée sont encore possibles.

 

La pêche saint-louisienne : une économie locale directement dépendante de la Mauritanie

 

Une évidence s’impose à tous : la pêche saint-louisienne est, pour le moment, viscéralement dépendante de la Mauritanie, que ce soit en termes d’emplois, de revenus des ménages saint-louisiens, de fonctionnement des micro-agrégats économiques locaux, de ressources financières pour la municipalité, etc… Conséquemment, le baromètre social et politique, voire électoral, de Saint-Louis est indissociable des humeurs et calculs de milieux d’affaires voisins. Le postulat « Quand la Mauritanie éternue, la pêche saint-louisienne s’enrhume » est, donc, une réalité tangible avec lesquels pêcheurs saint-louisiens et activités associées ainsi que les Pouvoirs publics sénégalais composent nécessairement. C’est, sans doute, pourquoi l’Etat a beaucoup fait, au prix même de ce que certains pourraient, quelques fois, considérer comme un abandon de souveraineté, face à la pression et à la nécessité naturelle de voler au secours de ses ressortissants pêcheurs et de protéger leurs intérêts immédiats. Mais, la conscience que cette politique de dépendance est inefficace et n’a pas d’issue, ni dans le court terme, ni dans le moyen terme, ni dans le long terme, doit, désormais, suivre les pas d’une politique volontariste, résolument mise en œuvre. Ceci, en dépit des manœuvres des milieux affairistes ou politiques mauritaniens et sénégalais, et du conservatisme même du milieu pêcheur qui, sans s’en douter et contre ses propres intérêts, contribue puissamment à maintenir la pêche saint-louisienne à la remorque des intérêts stratégiques mauritaniens, tant au niveau des opérateurs que du Gouvernement de la RIM qui dispose, ainsi, d’une capacité de négociation inestimable sur son voisin du Sud.

 

‘’Le postulat  qui veut que « quand la Mauritanie éternue, la pêche saint-louisienne s’enrhume » est, donc, une réalité tangible avec laquelle pêcheurs saint-louisiens et activités associées ainsi que les Pouvoirs publics sénégalais composent nécessairement’’

 

L’Etat a, certes, beaucoup fait. Mais, beaucoup reste encore à faire, c’est indiscutable, devant l’ampleur et la diversité des problèmes auxquels les pêcheurs sont confrontés. Au titre des actions de l’Etat en direction des pêcheur , l’on peut citer, pêle-mêle (dans le désordre plus que dans l’ordre d’une stratégie cohérente exécutée en phasages successifs) : subventions des moteurs, subventions des combustibles, réalisation parcimonieuse, faute d’espaces suffisants peut-être, d’installations frigorifique et de débarquement, actions de négociation répétitives avec des Autorités mauritaniennes pour l’obtention de licences de pêche ou la restitution de matériels de pêche saisis pour infractions dans leur territoire. Toutefois,  l’envoi  de telles délégations- pour parer au plus pressé- auprès d’Autorités mauritaniennes installe un rapport de forces qui leur est absolument favorable, alors que notre voisin du Nord a vitalement besoin de la main d’œuvre pêcheurs et ouvrière de tous types, bon marché, du Sénégal ;des immenses pâturages ; des infrastructures routières ;des importations officielles et officieuses de produits agricoles sénégalais ;et des relations commerciales multiformes, formelles ou informelles, avec les populations, opérateurs et simples nationaux sénégalais. 

 

‘’Rompre ce rapport de forces  défavorable est donc et doit être un objectif intelligent de gouvernance ‘’

 

Donc, l’envoi empressé de délégations sénégalaises, obsédées et traumatisées par la crainte de revenir les mains vides, déjà prêtes, avant même de sortir du territoire national, à tous les compromis et attitudes conciliantes, sous la pression des attentes de pêcheurs attendant de recevoir, à leur retour, licences de pêche délivrées ou matériels de pêche restitués , alimente ainsi la roue sans fin de l’engrenage de l’asservissement économique, voire politique, qui tourne à notre propre détriment. Or, l’on sait pertinemment que cette roue s’arrêtera, un jour, inévitablement, de tourner, car les intérêts à moyen et long termes de la Mauritanie dans le domaine de la pêche ne correspondent pas avec ceux, immédiats et qui le resteront toujours, que le Sénégal compte, en dépit du bon sens, perpétuer vaille que vaille. Aux prix que nous connaissons !

L’envoi de ces délégations sénégalaises, attendues avec certainement beaucoup de délectation et d’intérêt par des collègues mauritaniens, très hospitaliers (tout de même !), est devenu un spectacle très ordinaire, qui ne manque pas de sel pour certains milieux mauritaniens ou sénégalais, affairistes ou politiques, pour lesquels les pêcheurs saint-louisiens sont devenus les otages obligés ou consentants, de leurs intérêts. De fait, les stratégies de certains milieux affairistes ou politique mauritaniens sénégalais, qu’ils soient étrangers ou nationaux, ont un point commun : se servir d’eux, soit de leur force de travail et ce, à moindre coût, corvéables à merci, soit de leur force politique ou électorale, et ce, à moindre frais, surfant sur la vague de la masse des frustrations ressentiments réels vécus par ces populations vivant de la pêche ainsi que sur celle de la somme des espérances, attentes et promesses non satisfaites d’années en années. Ce d’autant plus que, d’une part, l’augmentation de la consommation mondiale en poisson, conjuguée à un tassement ou une réduction des stocks halieutiques, rendra de plus en plus congrue la part que la Mauritanie peut octroyer ou réserver à des voisins africains, au titre de licences de pêche moins intéressantes pour elle que les gains financiers plus substantiels qu’elle peut tirer de ses accords avec des pays développés.

 

‘’L’Etat a, certes, beaucoup fait. Mais, beaucoup reste encore à faire, c’est indiscutable, devant l’ampleur et la diversité des problèmes auxquels les pêcheurs sont confrontés’’

Dans ces conditions, pour la Mauritanie, l’octroi, d’ailleurs de plus en plus difficile ou parcimonieux de licences de pêche à des pays africains, comme le Sénégal, relève plus d’une politique de bon voisinage que d’un intérêt économique intrinsèque. D’autre part, l’évolution du tissu économique et industriel de la Mauritanie la conduira inévitablement à assurer une meilleure maitrise de ses ressources humaines proprement nationales nécessaires à la prise en charge de ses besoins de développement, sans fondamentalement compter sur celles de pays étrangers : c’est dire qu’au fur et à mesure, elle aura de moins en moins besoin de nos pêcheurs. Et l’on ne peut reprocher à la Mauritanie, ni l’un, ni l’autre, car elle a le droit et le devoir, comme tous les pays, y compris le Sénégal, de veiller à ses propres intérêts.

 

Quelles solutions pourraient être mises en œuvre par le Sénégal ?

 

Deux (02) mesures-phares, en vertu de leur capacité à résoudre en même temps un certain nombre d’autres problèmes, pourraient durablement contribuer à lever nombre des contraintes qui précarisent aujourd’hui la pêche à Saint-Louis :

 

  1. Pour tenir compte de la situation actuelle de dépendance de la pêche saint-louisienne par rapport à la Mauritanie ainsi que des évolutions futures, dont les débuts peuvent déjà être observés aujourd’hui, le Sénégal, parallèlement à la prospection de nouvelles zones de pêche pour nos pêcheurs dans des pays africains, politique aux effets cependant limités et non durables, devrait plus rentablement miser sur le développement massif de l’aquaculture(élevage de poisson, de crustacés, de coquillages, voire d’algues, à forte valeur marchande), qui est une réponse appropriée et durable à la surexploitation des ressources halieutiques et aux besoins croissants en poisson et autres produits de la mer.

 

En matière d’aquaculture, l’effort des Autorités sénégalaises pourrait se concentrer, dans un premier temps, comme ces dernières l’ont compris avec les espoirs placés en l’Agence nationale de l’Aquaculture (ANA), sur l’une des branches-mères de l’aquaculture, à savoir la pisciculture, tant les conditions sont très favorables au Sénégal pour l’élevage des poissons en eau douce, saumâtre et salée que la nature y pourvoit à profusion.

La réalisation efficace de cet objectif devrait être méthodiquement précédée ou accompagnée par une préparation conséquente des transitions en douceur nécessaires, y comprises psychologiques, vers ces nouvelles activités, dans un délai n’excédant pas cinq (05) ans, tout allongement de cette période de temps étant susceptible de déboucher sur une crise sociale d’ampleur, du fait de l’aggravation des conditions d’existence des pêcheurs, résultant principalement de l’effet combiné de l’augmentation démographique, non suivie par une augmentation correspondante des stocks halieutiques naturels.

La mise en œuvre de cette mesure-phare de généralisation de l’élevage du poisson constituera une solution, entre autres, pour une bonne partie du« paquet » des problèmes de la pêche saint-louisienne, cités à l’entame de cette Chronique. Finies les préoccupations relatives à la stagnation ou la diminution des ressources halieutiques ; l’obligation économique de pêcher en Mauritanie ou d’y servir de main d’œuvre sans protection ; leur manipulation au gré d’intérêts privés ou étatiques mauritaniens ; les tensions frontalières, souvent mortelles, avec la Mauritanie ; les inquiétudes réelles ou supposées relatives à l’exploitation prochaine du pétrole et du gaz au large de Saint-Louis et leur impact potentiel sur la pêche ; la pauvreté relative qui gagne du terrain dans les quartiers de la Langue de Barbarie !

 

  1. Réduire la pression sur l’habitat du quartier de Guet-Ndar, en délocalisant une partie de la population sur des zones périphériques appropriées à la perpétuation de la culture de la pêche spécifique à ces populations de pêcheurs 

 

Ici, la mise en œuvre de cette mesure phare est de nature à solutionner les autres éléments du «paquet» des préoccupations négatives pour la pêche saint-louisienne, à savoir : les conséquences de l’érosion côtière de la Langue de Barbarie , la surpopulation et l’insalubrité du quartier de Guet-Ndar, notamment  l’insuffisance et l’inadaptation des infrastructures d’exploitation, de traitement et de commercialisation appropriés des produits de la pêche.

 

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Guédiawaye : Ahmed Aïdara retire à GFC son stade, Lat Diop annonce une plainte

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Dans une correspondance adressée à Lat Diop, président de GFC et responsable local de Benno, le maire Yewwi de Guédiawaye, Ahmed Aïdara, annonce la suspension «pour un temps» de la convention dans le cadre duquel la mairie met à la disposition du club le stade Ibrahima Boye. Celle-ci a été signée sous le magistère de son prédécesseur, Aliou Sall.

D’après Les Echos, Ahmed Aïdara a invoqué «un déficit budgétaire criard». Ainsi, renseigne le journal, GFC a jusqu’au 1er octobre prochain à 18 heures pour vider les lieux. L’édile de Guédiawaye offre cependant la possibilité de renouveler la convention «dans d’autres circonstances particulières qui seront définies d’accord parties».

Les Echos rapporte que Lat Diop ne l’entend pas de cette oreille. «Il veut nous retirer le stade que Aliou Sall avait mis à notre disposition sur la base d’une convention de quatre ans, en contrepartie de l’appui financier que la ville devait octroyer à GFC. Il ne sait même pas qu’il ne peut dénoncer une convention de façon unilatérale», souligne le président du club de football.

Ce dernier informe que les avocats de GFC vont saisir la justice et que le Comité exécutif du club va se réunir ce mercredi avant de faire face à la presse demain, jeudi.

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Lenteurs au Port autonome de Dakar: Le Dg Aboubacar Sadikh Bèye explique

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Les lenteurs au niveau du Port autonome de Dakar ont été décriées pendant la réunion présidentielle sur la cherté de la vie.  Mais pour le directeur général de cette structure,  cela s’explique  par une situation conjoncturelle. En effet Aboubacar Sadikh Beye a expliqué l’indisponibilité de certains quais entrave  l’offre portuaire. Sur 23 postes, les huits sont immobilisés. Par exemple, au mole 1,  deux postes sont au service du pétrole et du gaz pour la plateforme Tortue et Sangomar. Le bateau hôpital occupe aussi un poste au Port autonome de Dakar. Deux autres postes sont mobilisés pour être modernisés et seront récupérés en octobre.

  Le directeur général du Port d’ajoute que ces lenteurs s’expliquent aussi par un atre facteur lié à la forte portuaire. « En juillet on a fait 104% en importation. La congestion terrestre est réglée parce que les camions sortent très tôt du Port  alors qu’ils pouvait y faire plus de 4 jours ».  S’agissant de la manutention, un bateau de 40 000 tonnes reste à  quai pendant 20 jours parce que les manutentionnaires font 2000 tonnes par jour. « La manutention se fait encore comme il y a 40 ans. Il faut une modernisation. Il ajoute que les concessionnaires et les lignes maritimes sont aussi dans le Port et occupent de grandes surfaces », conclut-il.

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Lutte contre le trafic illicite à Thiès : Une contrevaleur de 437 millions FCfa de produits prohibés incinérés

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La Douane de Thiès a procédé à l’incinération de produits prohibés d’une contrevaleur de 437 millions de francs CFA.

Les produits prohibés saisis en 2021, dans le cadre des opérations de « bouclage » des couloirs et réseaux de trafic illicite, sont composés de faux médicaments vétérinaires d’une contrevaleur de 175 259 382 francs CFA ; de 3529 kg de chanvre indien pour une contrevaleur de 236 940 000 francs CFA ; de sachets en plastique pour une contrevaleur de 25 000 000 francs CFA.

L’adjointe au Gouverneur de Thiès, Mme Tening Faye Ba, a supervisé la cérémonie d’incinération en présence des représentants des autres Forces de Défense et de Sécurité, du corps médical et des services en charge de l’environnement.

Le Lieutenant-Colonel Amadou Lamine Sarr, Chef du Groupement polyvalent de Recherche et de répression de la fraude a rappelé la dangerosité des produits incinérés sur la santé de la population.

Il a affirmé une fois de plus l’engagement de son unité à combattre farouchement le trafic illicite sur toutes ses formes conformément aux directives de la Direction générale des Douanes, le DG en particulier. 

L’Adjointe au Gouverneur, Tening Faye Ba, a ensuite, invité les populations, celles du littoral plus précisément, à une collaboration plus étroite avec les forces de défense et de sécurité. 

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